Nous sommes un couple de la région de la montérégie. Nous avons un garçon de 2 ans et nous avons un autre petit garçon en route. Nous assistons impuissants au déferlement d’images d’une cruautée sans nom en provenance d’Haïti. Au début, nous nous disions “pourquoi ne pas envoyer des sous comme tout le monde?” Parce que, croyons-nous, nous pouvons racheter notre tranquilité d’esprit ainsi? Non? En sortant des billets, comme tout bon nord-américain? Tout s’achète ici!
Mais cette idée ne m’a pas redonner le sommeil. Je regarde toujours les nouvelles avec amertume. Parce que l’aide internationnale ne sait pas comment distribuer nos petits billets verts chéris. Aussi motivés soit-elle, elle est dépassée par l’état actuel des choses et elle prendra encore plusieurs jours à s’organiser. Et (trop) bientôt, les morts suplémentaires se compteront à l’heure.
Je suis née au Québec, tout comme mon conjoint. Nous sommes des “Québécois de souche”! Nous avons grandit dans un système de valeur qui prônait le travail, l’amour et l’entraide. C’est une chance pour nous, car nous avons grandit aussi dans un pays qui prône le NO FAULT, la prise en charge sociale à l’excès et la défense de la classe “bougon”. Mes parents m’ont élevée; ils n’ont pas l’aissé le système le faire. Mais ce qui est évident, c’est qu’ici contrairement à bien des places, nous avons tous une éducation “payée”, l’assurance de toujours avoir un minimum d’argent qui rentre à tous les mois, un système de santé “gratuit”, l’absence de guerre, le droit de vote, la liberté d’expressoin et de croyances. De plus, nous ne sommes pas particulièrement touchés par les catastrophes naturelles (mis à part des inondations de temps en temps et un épisode assez impressionnant de verglas)
Bref, peut importe la difficultée que nous pouvons rencontrer à la fin du mois, nous sommes tout de même riches!!!
J’ai alors imaginé mon garçon. Je me suis demandé ce qu’il adviendrait de lui si nous étions dans cette situation, que tout autour se serait effondré. Et si moi et son papa étions décédés? Qu’il errerait en larme en nous appelant au milieu des morts et de la violence qui grimpe, des cris et du désespoir? Qui veillerait sur lui? Qui le laverait? Le borderait? Lui chanterait sa chanson avant de dormir? Le nourrirait? L’aimerait et le consollerait? Parce que certains de ces petits trésors avaient eux aussi des chansons préférées dont seule leur maman connaissait l’existance…et de toute évidence, ils n’entendront plus jamais cette chanson.
Alors, si c’était mon garçon, que suis en droit d’exiger de l’humanité? Il va de soit que si une personne sur terre s’engageait à lui fournir nourriture, logis, vêtements et calins, je lui suplierait de le faire sans hésiter. Je partirais sans doute plus tranquille en sachant ce que j’ai de plus cher à l’abris de toute cette dévastation.
Mais quant est-il si le gouvernement d’un endroit aussi prospère qu’est notre pays empêcherait cette personne d’accueillir mon enfant, l’abandonnerait, réduirait ses chances de survie sous couverture de la loi et de procédures judéciaires, demanderait à cette personne si généreuse de tout simplement envoyer des sous à l’organisme humanitaire de son choix en lui disant que peut-être mon petit de 2 ans trouverait seul le chemin qui le mènerait à sa ration d’eau.
Je ne veux pas me faire dire que dans quelques semaines, nous pourrons peut-être habriter quelqu’un. Je veux SAUVER quelqu’un. Je veux arracher quelqu’un à toute cette horreur. Je ne veux pas juste panser ses plaies, je veux l’empêcher d’avoir mal davantage. Si vous avez de l’infos à nous envoyer sur ce sujet, vous pouvez communiquer avec moi par E-Mail.